Question posée en plénière à Jean-Luc Crucke, ministre de la Mobilité et du Climat. Compte rendu intégral à retrouver ici.
Ma question :
Monsieur le ministre, voici quelques semaines en Inde et au Pakistan, les températures dépassaient les 45 degrés. Avant-hier, à Uccle, plus de 30 degrés furent enregistrés.
Cette semaine, toute l’Europe de l’Ouest suffoque. C’est inédit. En même temps, l’extraordinaire est en train de devenir la norme. De telles températures ne sont plus exceptionnelles, c’est la nouvelle normalité.
Nous n’y sommes pas préparés. Notre pays et notre continent ont été construits pour un climat qui n’existe plus. Aujourd’hui, les vagues de chaleur comme celles que nous traversons constituent presque un détail au sein d’un dérèglement généralisé.
Les canicules sont plus fréquentes, plus précoces, plus intenses, plus étendues et aussi plus meurtrières. Pendant que les climatiseurs tournent ici et dans les bureaux, que les plus nantis se rafraîchissent dans leur jardin, voire dans leur piscine, ce sont toujours les mêmes qui subissent de plein fouet les effets violents des chaleurs extrêmes: les personnes sans chez-soi, qui passent leurs journées sous des températures étouffantes avec parfois tous leurs vêtements sur le dos pour ne pas se les faire voler; les ouvriers; les livreurs; les travailleurs du bâtiment et de l’horeca; les travailleurs de rue; ceux qui travaillent dans des entrepôts surchauffés, les personnes âgées et les enfants, qui sont plus vulnérables à la chaleur; les familles qui vivent dans des logements trop petits, sans extérieur, mal isolés, qui deviennent de véritables fours, logements qui se trouvent souvent dans des quartiers où les espaces verts sont rares.
Que fait l’Arizona face à ce phénomène? Je pense en particulier au ministre du Climat, ministre des Engagés, ce parti dont la couleur est passée de l’orange au turquoise pour remettre le climat au centre. Depuis le début de l’Arizona, nous avons droit à beaucoup de belles paroles, mais peu de mesures concrètes. Ainsi, il n’y a pas de plan d’investissement.
Nous attendons toujours le Plan fédéral Social-Climat et celui de la sortie des énergies fossiles. À en croire le sabotage de l’éolien offshore, ce n’est pas près d’arriver! Nous attendons toujours également la taxation des surprofits indécents des multinationales qui contribuent au dérèglement et s’enrichissent sur le dos de nos concitoyens.
Ma question s’intitulait: « Fortes chaleurs et inaction du gouvernement ». Monsieur le ministre, quand l’inaction va-t-elle cesser?
La réponse du ministre :
Il est parfois utile de regarder en arrière avant d’accuser déjà l’avenir. Que fait l’Arizona? Je souhaite simplement rappeler que, lorsque je suis arrivé, le Plan national énergie‐climat (PNEC) n’existait pas.
Ce n’était pourtant pas un ministre Engagé, ni l’Arizona au pouvoir. Non seulement le PNEC n’existait pas, mais il avait été recalé par l’Europe.
Aujourd’hui, il y en a un. Voilà ce que l’Arizona a réalisé en quelques mois. Ce n’est sans doute pas agréable à entendre, mais il est parfois nécessaire de rappeler certaines vérités.
Face à cette réalité, l’inaction n’est pas une option. Le gouvernement fédéral a agi. À travers le Plan national Environnement-Santé (NEHAP), nous avons mis en place un dispositif coordonné pour limiter les impacts sanitaires de la chaleur et de l’ozone, avec une mobilisation renforcée des autorités lors des situations extrêmes.
Mais nous allons plus loin. Après la publication du Belgium Climate Risk Assessment (BCRA) du Climate Risk Assessment Center (CERAC), j’ai immédiatement demandé à mon administration de préparer des mesures complémentaires pour renforcer la résilience de notre pays face aux événements climatiques extrêmes, suscitant même chez eux une certaine inquiétude face à l’urgence que je manifestais.
En ce qui concerne la chaleur extrême, il s’agit notamment d’une meilleure surveillance dans les hôpitaux, de systèmes d’alerte plus précis et d’un accompagnement renforcé des personnes les plus vulnérables. Il y a effectivement aussi des responsabilités régionales, mais ce n’est pas à moi d’en parler ici.
Avec mon collègue, le ministre Vandenbroucke, nous travaillons également au renforcement de ce NEHAP dans cette direction. C’est dans cet esprit que je coorganise la conférence Climate Change Europe la semaine prochaine à Bruxelles, au cours de laquelle la société civile européenne débattra de cette future stratégie européenne. C’est également une initiative que nous avons prise.
Enfin, je porterai au niveau européen, lors d’un prochain Conseil, la parole de la société civile telle qu’elle aura été débattue lors de ce congrès.
Ma réplique :
Je vous remercie, monsieur le ministre, pour vos réponses.
Je pense que vous êtes effectivement de relativement bonne volonté, et vos intentions sont bien présentes. Mais je crois malgré tout que l’on pourrait aller largement plus loin. On pourrait presque croire qu’il y aurait des climatosceptiques au sein de ce gouvernement. Je ne vous vise évidemment pas.
Depuis hier matin, j’entends la majorité se vanter de son courage politique en prenant des mesures d’austérité au nom du sauvetage des générations futures.
Mais chaque jour d’inaction climatique met un peu plus en péril la possibilité même, pour ces générations futures, de vivre encore sur Terre dans des conditions dignes. Je pense qu’il fat aussi du courage politique pour enfin prendre suffisamment au sérieux la question sociale, économique et environnementale par excellence du XXIe siècle.
Ce matin, votre collègue des Engagés nous a dit: « Gouverner, c’est regarder la réalité en face avant qu’elle ne nous explose au visage. » Il faut l’entendre, et il est urgentissime que ce gouvernement regarde plus en face la réalité climatique, qui est déjà en train de nous exploser au visage.