Il y a quelques mois, je découvre qu’un dispositif policier anti-harcèlement de rue a été mis en place à Liège : des policières servent d’appât et verbalisent ensuite les personnes qui les ont harcelées.

Une bonne idée ? On pourrait le penser a priori, mais la mise en œuvre pose de grandes questions, puisque la presse indique que la tenue des policières devrait être validée a priori pour s’assurer qu’elles ne feraient pas d’incitation au harcèlement : la policière devrait être « vêtue correctement et pas de manière aguicheuse, plutôt en pantalon donc ».

Pardon ?! Véhicule-t-on vraiment, pour lutter contre le sexisme, l’idée que la tenue des femmes peut jouer un rôle dans la survenance du harcèlement, en d’autres mots qu’elles n’ont qu’à mettre un pantalon pour éviter d’être harcelées ?

Ni une ni deux, Julie Chanson et moi posons des questions parlementaires. Autant dire que les réponses sont assez désolantes : ni le ministre de la Justice, ni la ministre de l’Intérieur ne semblent comprendre le problème, à savoir qu’on ne lutte pas contre le harcèlement en renvoyant aux femmes qu’elles n’ont qu’à porter un pantalon et un col roulé, pas trop moulants svp, sinon elles font de l’incitation au harcèlement…

« L’incitation à commettre des infractions est interdite dans notre pays […] Il n’est pas exact que le parquet de Liège validerait la tenue de la policière en question avant chaque opération. Par contre, la tenue de la policière est annexée au procès-verbal rédigé en cas d’infraction afin que le juge puisse avoir connaissance de tous les éléments objectifs du dossier lorsqu’il prend une décision », répond le ministre de la Justice.

« Tout est mis en œuvre pour éviter la provocation telle que reprise dans l’article 47 quater du Code d’Instruction criminelle. Pour prouver qu’elle ne porte pas de tenue provocante, la personne en question est prise en photo avant chaque action. Il s’agit donc de rassembler les éléments qui démontrent l’absence de provocation policière. », répond la ministre de l’Intérieur.

Aujourd’hui, Le Vif publie une excellente chronique de Mélanie Geelkens sur le sujet, qui revient aussi sur ces nombreuses plaintes pour « main pour l’épaule » qui encombreraient les tribunaux.

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