Question posé en commission à Jean-Luc Crucke, ministre de la Mobilité, du Climat et de la Transition environnementale. Compte rendu intégral à retrouver ici.

Ma question : 

Monsieur le ministre, il y a peu, vous étiez à Santa Marta en Colombie où s’est tenue la première conférence internationale dédiée à la sortie des énergies fossiles. Cette initiative avait pour objectif de dépasser les blocages qui découlent de la nécessité d’un consensus dans les COP. L’idée ici était de réunir une coalition des volontaires.

 

J’espère que vous avez fait bon voyage. Vous avez représenté la Belgique là-bas. Vous aviez annoncé cette participation dans votre plus récente note de politique générale.

 

Maintenant, cette fameuse feuille de route pour la sortie des énergies fossiles au niveau fédéral, nous la cherchons malheureusement toujours. Votre note de politique générale parle de finances durables, d’inventaire des subsides fossiles. C’est évidemment bien, mais cela ne constitue pas encore un plan de sortie.

 

Pendant ce temps-là, la crise énergétique nous rappelle chaque jour à quel point cette transition est une question de sécurité, d’autonomie stratégique et, bien sûr, aussi de climat. Les citoyens ne comprennent plus très bien non plus de nous voir signer des choses à l’international alors que chez nous, ça traîne.

 

Monsieur le ministre, qu’avez-vous concrètement défendu et signé à Santa Marta au nom de la Belgique? Quand le gouvernement fédéral va-t-il enfin présenter un plan de sortie des énergies fossiles avec un calendrier, des chiffres et un échéancier de suppression des subsides fossiles? La Belgique compte-t-elle rejoindre le Traité de non-prolifération des énergies fossiles, qui est précisément l’outil pour passer de la parole aux actes? Quels ont été les retours et les apprentissages lors de cette première mondiale?

 

La réponse du ministre : 

Permettez-moi de commencer par une évidence dans le contexte actuel d’incertitudes géopolitiques. La transition hors des combustibles fossiles n’est plus seulement une nécessité climatique, c’est aussi une question de stabilité économique et de sécurité énergétique, comme certains semblent l’avoir découvert.

 

Pour rappel, cette conférence de Santa Marta a évidemment été mise sur pied grâce à la Colombie mais aussi grâce au Benelux. C’est pourquoi elle a été copilotée par les Pays-Bas. C’est une décision que nous avons prise à la COP30.

 

Les pays du Benelux (la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg) ont été les trois premiers pays européens à rejoindre cette volonté de coalition, d’où la naissance de cette conférence de Santa Marta. La transition est en cours, et au sein de notre gouvernement, nous prenons également des mesures nécessaires.

 

La mesure visant à sortir des combustibles fossiles est décrite dans notre Plan fédéral Energie-Climat (PFEC), comme la réforme fiscale énergétique qui a été mentionnée par M. Lejeune. Une sortie des combustibles fossiles nécessite néanmoins de mobiliser les compétences à tous les niveaux, en premier lieu au niveau de l’Union européenne.

 

À cet égard, les négociations en cours sur le cadre de l’Union européenne pour l’objectif 2040 sont capitales. Il manquait toutefois une coalition internationale de pays souhaitant renforcer la coopération internationale en matière de décarbonations, face à l’opposition de certains pays menant une politique anti-climat.

 

Le multilatéralisme reste en effet indispensable pour garantir une transition juste, ordonnée et équitable, aligner les investissements et les signaux et éviter les distorsions de concurrence. C’est de cela qu’il était question à Santa Marta.

 

Je suis donc fier que la Belgique, avec 58 autres pays, ait participé à la conférence de Santa Marta. Cette coalition des volontaires représente 30 % de la population mondiale, 30 % de la consommation mondiale de combustibles fossiles et 20 % de la production mondiale de combustibles fossiles. La Belgique était impliquée dans cette initiative dès ses tout débuts, lors de la COP30.

Ma réplique : 

Je vous remercie, monsieur le ministre, pour votre réponse qui, malgré sa profusion et sa longueur, me laisse toutefois un peu sur ma faim. En effet, vous n’avez parlé que de l’international, comme si la transition se jouait uniquement loin de nos frontières.

 

Il est évident qu’il faut des solutions à l’échelle internationale. D’ailleurs, nous, les écologistes, avons déposé une proposition de résolution pour que la Belgique rejoigne le traité de non- prolifération des combustibles fossiles. J’entends que vous doutez de l’efficacité d’un tel traité s’il rassemble trop peu de pays, mais c’est précisément pour cela qu’il faut des volontaires pour mener le combat. Si tout le monde tergiverse, alors nous n’avancerons pas.

 

La sortie des énergies fossiles se joue aussi en Belgique. Aujourd’hui, au niveau de notre pays, cela reste un vœu pieux. La Belgique est un pays où une partie significative de l’économie repose encore sur les énergies fossiles, notamment avec la pétrochimie, le raffinage et le port d’Anvers. Sortir des énergies fossiles en Belgique, ce n’est pas simplement tourner un bouton. Cela ne se fera pas en un jour, et personne ici ne prétend le contraire.

 

Vous avez rappelé le rôle des pays du Benelux dans la mise sur pied de la conférence de Santa Marta. Vous avez souligné que c’était un signal politique important. Si nous voulons réellement faire partie de la coalition des volontaires, il faut accepter de payer le ticket d’entrée. Nous n’allons pas nous inviter à la table des pionniers, tout en arrivant les mains vides. Faire des discours à Santa Marta, c’est une chose, mais présenter, au retour, une feuille de route crédible, chiffrée, avec un calendrier de suppression des subsides fossiles, c’en est une autre.

 

La carte blanche de la Coalition Climat, qui résume très bien les enjeux, rappelle que la sortie des énergies fossiles ne peut pas être un simple slogan. Elle doit être planifiée, encadrée, financée pour être juste. En effet, derrière les chiffres, il y a des travailleuses, des travailleurs, des communautés et des territoires qui dépendent aujourd’hui des revenus fossiles. Comme cela a été rappelé, sortir des énergies fossiles sans laisser personne au bord du chemin exige des politiques sociales ambitieuses, une reconversion industrielle, des mécanismes de solidarité internationale et, surtout, une feuille de route précise.

 

Monsieur le ministre, j’espère donc que pour la prochaine conférence en 2027, vous arriverez avec cette feuille de route.